Verticale :
L'action de pêche

Avant d'aborder en détail les aspects matériels, passons en revue le déroulement d'une séance de pêche à la Verticale, histoire de mieux comprendre comment ça "fonctionne".

La pêche commence lorsque le bateau est à l'eau, le moteur électrique installé à portée de main, et le sondeur allumé. On ne le dira jamais assez, la Verticale est la quintessence de la pêche au sondeur, même s'il est vrai qu'un pêcheur connaissant parfaitement les fonds pourra s'en passer.
Avant même de mettre un coup de ligne, le verticalier scrute l'écran de son sondeur pendant que le bateau progresse lentement. Il est à la recherche d'indices sur la tenue des poissons, et notamment sur la profondeur moyenne à laquelle ils évoluent, ainsi, éventuellement, que sur le type de postes occupés (tombants, cassures, plages, etc.). La présence de bancs de vifs est également une information précieuse.

Les préparatifs

Verticale : action de pêcheUne fois la trajectoire choisie, sur des fonds que l'on suppose poissonneux, vient le moment de sélectionner le leurre souple et la plombée. En l'absence de toute indication particulière, on choisit par exemple un shad chartreuse (grand classique) ou blanc nacré. De toute façon il importe de posséder plusieurs couleurs, car si certains jours les sandres ne sont pas sélectifs, il arrive fréquemment qu'une couleur soit beaucoup plus productive que les autres. Bien entendu seule l'expérimentation permet de trouver ce qui marche le jour J, et en l'absence de touches, ou si les touches sont avortées (tapes, décrochages), un changement de couleur peut souvent être la solution.
Le poids de la tête plombée n'est pas un facteur très important à mon avis, ou disons qu'il importe bien moins que pour d'autres méthodes. Pour la Verticale, il vaut mieux avoir trop de plomb que pas assez, et il est rare que l'on descende en dessous de 14 grammes. La gamme utile va plutôt de 14 à 28 g selon la profondeur et le vent, 18-21 g étant sans doute les grammages que j'utilise le plus souvent.

C'est donc une technique assez lourde, mais ceci ne présente pas d'inconvénients particuliers, puisque le leurre n'est jamais livré à lui-même. Il est au contraire soutenu en permanence, comme nous allons le voir. On ouvre le pick-up, et on laisse le shad filer vers le fond. Le moulinet est alors fermé, et la bannière récupérée pendant que l'on abaisse la canne jusqu'à toucher la surface de l'eau avec le scion. On relève alors de 10-20 cm pour décoller le leurre souple du fond, et la pêche commence...

La "non-animation"

Quelle est donc cette fameuse animation qui fait de la verticale une technique "différente" de la pêche aux leurres souples classiques, et qui est supposée déclencher des touches quand le reste ne marche pas ? Hé bien cette animation n'en est pas une, du moins pas au sens habituel du terme ! Il faut oublier ce que l'on a appris, oublier notamment toute idée de rythme binaire sur le mode "tirée et relâché". La verticale n'est pas de la dandine ni du manié dans un plan vertical, c'est une technique à part entière, qui pourrait à la limite se comparer plutôt à de la tirette lente en suspension.

Concrètement, comment conduit-on le leurre ? Le but est de le faire se déplacer lentement, en épousant au mieux le contour du fond, en s'élevant de temps à autre doucement de 10 ou 20 cm pour redescendre tout aussi doucement. Le leurre est parfois pris de tremblements provoqués par de toutes petites secousses du scion, il prend régulièrement contact avec le fond (histoire de vérifier à quelle distance il s'en trouve), et il se permet parfois quelques écarts, comme une montée plus ample vers la surface, ou une série de quelques cabrioles avant de reprendre sa course nonchalante. Voici, résumée en quelques mots, l'action que le verticalier doit donner à son leurre.

Ou disons plutôt qu'il s'agit de l'allure de base, celle qui m'a donné les meilleurs résultats pour l'instant, mais autour de laquelle il est bien sûr possible de broder, puisque nous savons que le sandre étant de nature fantasque, rien n'est écrit d'avance, et que les expériences peuvent s'avérer productives.Verticale : action de pêche Il peut sûrement arriver à un instant donné qu'une animation vigoureuse soit plus efficace, mais pour l'instant chaque fois que j'ai vu des apprentis verticaliers échouer à obtenir des touches, c'était toujours à cause d'un "trop d'animation" que d'un "pas assez".

Ni trop, ni trop peu...

Et surtout n'allez pas prendre cette affirmation à la légère, car certains jours le verdict risque d'être sévère. Je l'ai appris à mes dépens lors de mon apprentissage, et il m'est arrivé encore récemment de toucher 8 poissons sur un coup du soir, entre deux pêcheurs assis dans la même barque et pêchant avec le même leurre, qui eux ne touchaient rien. Ils étaient sidérés par cette absence inexplicable de réussite, car ils avaient l'impression d'animer à peu près comme moi. En réalité ils n'avaient pas encore bien intégré le fait que plus de 50% du temps le leurre ne doit pas être animé du tout, mais simplement soutenu au-dessus du fond sans mouvement de la canne, celui de la barque suffisant à le rendre attractif. À la Verticale, le bateau prend autant de poissons que le pêcheur, c'est ça le secret de cette technique, s'il doit y en avoir un.
Pour autant, une absence totale d'animation n'est pas productive, à en croire les essais que j'ai fait de laisser pendre un leurre inerte sur une seconde canne. C'est donc un compromis subtil, un dosage minutieux, une action de pêche minimaliste, une maîtrise permanente de ses gestes.

La touche est souvent nette, parfois même violente, au point que le scion plonge brusquement dans l'eau ou que la canne tape sur le rebord du bateau ! Elle intervient presque toujours lors d'une phase d'immobilité, et le rythme cardiaque du pêcheur passe de 70 à 200 pulsations minute en l'espace d'un éclair. Mais il arrive aussi que les sandres ne prennent le leurre que lors d'une pause sur le fond, auquel cas la touche est imperceptible et se traduit par une lourdeur lors du relevé. Enfin il arrive que l'on perçoive d'infimes sensations, des tocs minuscules, des frôlements ou légères pertes de tension. Touche ? Frottement d'un poisson contre la tresse ? Obstacle ? Pas toujours facile de le savoir, donc en cas de doute un ferrage s'impose.


Bien entendu toute attaque confirmée, toute capture, doivent nous inciter à insister sur ce poste, puis sur des postes présentant des caractéristiques identiques. Il importe également de bien mémoriser la séquence d'animation ayant conduit à une attaque (sur une pause au fond, en suspension, sur un relâché plus rapide, etc.). Bien souvent il existe une manoeuvre qui fonctionne ce jour-là, et qu'il faut bien sûr reproduire à intervalles réguliers.



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